Mohamed Boudiaf, assassiné le 29 juin 1992 Il y a 22 ans, le traumatisme

Mohamed Boudiaf se heurte, dès sa prise de fonction, à des résistances de l’intérieur du pouvoir, lorsqu’il se lance dans une campagne de dénonciation de la corruption qui gangrène les strates de l’Etat. Il fut le chef d’Etat qui a gouverné le pays pour la période la plus courte. Six mois à peine. Un bref règne qui a largement suffi pour l’homme du 1er Novembre, Mohamed Boudiaf, pour redonner espoir à un peuple au bord du précipice. Il a réussi là où les autres – ses prédécesseurs et ses successeurs – ont échoué alors que leur règne a duré plus longtemps.

Rappelé d’un exil de 28 ans, le rédacteur de l’appel du 1er Novembre 1954 se rend vite compte des risques qui guettent le pays, pris en tenaille entre un islamisme mortifère et un autoritarisme destructeur.
Mohamed Boudiaf se savait investi d’une mission quasi impossible. Comme au bon vieux temps de la lutte de Libération nationale, le maquisard est prêt à reprendre les chemins escarpés du «maquis» pour répondre à sa propre question posée dans son livre, Où va l’Algérie ?, en 1964. Pas si évident pour un pays englué dans des années de plomb. Son retour a apporté une caution historique inespérée à un pouvoir en mal de légitimité. L’exilé de Kenitra n’a pas mis beaucoup de temps pour se rendre compte que ses adversaires ne sont pas seulement les islamistes du FIS dissous et les opposants à l’arrêt du processus électoral, mais qu’ils se recrutent aussi et surtout dans le sérail.

Mohamed Boudiaf se heurte, dès sa prise de fonction, à des résistances de l’intérieur du pouvoir, lorsqu’il se lance dans une campagne de dénonciation de la corruption qui gangrène les strates de l’Etat. Le sauveur de la République refuse de se limiter au rôle de caution. Faisant le choix de la modernité inspirée du combat libérateur et des valeurs qui ont structuré le Front de libération nationale, M. Boudiaf se voulait le continuateur de la longue marche de libération violemment stoppée dès l’indépendance. Rapidement, la figure historique gagne en popularité.

La jeunesse algérienne découvre un homme humble, patriote, sensible aux souffrances de son peuple. En quelques semaines, il réussit à mobiliser tout un peuple sérieusement menacé dans son existence, en parlant un langage simple mais juste. Mohamed Boudiaf découvre un peuple exclu, marginalisé, et des pans entiers de la société plongés dans une paupérisation galopante, pendant que la nomenklatura accapare les privilèges et tous les pouvoirs de l’Etat.

Le sauveur du régime devient rapidement une menace pour l’équipe au pouvoir, notamment le segment des militaires qui voient d’un mauvais œil les options stratégiques du président du Haut-Comité de l’Etat. Les rapports à l’intérieur du pouvoir se dégradent et Mohamed Boudiaf devient un homme encombrant pour ceux qui l’ont ramené, un certain 16 janvier 1992. L’homme qui a déjoué tous les coups de l’armée coloniale, qui a résisté vaillamment aux côtés des Aït Ahmed, Ben Bella, Bitat et Khider dans les geôles du colonialisme, sera assassiné dans son propre pays, trente ans après l’indépendance nationale.

Le crime se déroule en direct, devant des millions d’Algériens, lors d’une conférence des cadres dans la ville de Annaba, le 29 juin 1992. Ce jour-là, ce n’est pas seulement l’homme qui a été assassiné, c’est l’esprit d’indépendance qui a été liquidé par les tenants du chaos. L’Algérie a été brisée dans son élan de mobilisation. Un sombre jour qui ouvre les portes de l’enfer à un pays qui ne cesse de rater ses rendez-vous avec l’histoire.

Vingt-deux ans après ce traumatisme, le nom de Mohamed Boudiaf résonne encore comme un cri de résistance dans une Algérie tourmentée ; il hante la mémoire d’une nation qui se cherche. Mohamed Boudiaf, dont la vie et la mort incarnent l’histoire tourmentée du pays, n’est même plus célébré par cet Etat auquel il a tout donné. Où va l’Algérie ?


Sous l'aimable autorisation de Hacen Ouali

Source El Watan du 29 Juin 2014

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