Dans son nouveau costume d’opposant, Soltani critique le FLN et le RND mais ménage Bouteflika
Le retrait du MSP de l’Alliance présidentielle, qui doit se décider officiellement samedi 31 décembre, ne fait presque plus de doute. Son président, Bouguerra Soltani, a donné le ton ce vendredi 30 décembre dans son discours à l’ouverture de la session ordinaire du Conseil consultatif du parti. « Cette session ordinaire se tient dans un contexte extraordinaire », a‑t‑il déclaré. M. Soltani évoque publiquement des différends de fond avec ses partenaires de l’Alliance – le RND et le FLN – notamment sur la conduite des réformes. Tout en ménageant le président Bouteflika.
Après avoir fait partie des différents gouvernements ces dernières années, le MSP veut se replacer dans l’opposition en prévision des législatives de mai 2012. Ce changement de cap, Soltani l’a expliqué par plusieurs raisons. « L'Algérie traverse un période historique dans son combat politique », dit‑il. Les décideurs devraient, selon lui, apprendre les leçons données par les bouleversements récents dans le monde et cette tendance vers plus de libertés et d'écoute des peuples induite par les révoltes arabes. « Le peuple algérien a payé la facture des erreurs commises par le système », soutient‑il. Il évoque notamment les émeutes d'octobre 1988 puis la « démocratie anarchiste » ayant mené à l'arrêt du processus électoral de 1991. « Le contexte actuel ne permet plus de commettre d'autres erreurs », estime‑t‑il en avertissant que le scénario à l’origine des émeutes du sucre et de l'huile de janvier dernier pourrait se répéter. « Les causes l'ayant provoqué sont toujours là », prévient‑il.
Des réformes vidées de leur contenu
Les réformes politiques annoncées par le président de la République en avril dernier ont été vidées de leur contenu, selon M. Soltani qui met indirectement en cause ses partenaires au sein de la coalition présidentielle. « Ceux qui ont réduit la coalition à l'exécution du programme du président ont déformé ses réformes », accuse‑t‑il. Le patron du MSP regrette le fait que « la philosophie des réformes soit toujours l'otage de la tragédie nationale et de la logique de l'état d'urgence ». Il ajoute que la suppression de certains articles et le refus de plusieurs amendements aux nouveaux projets de loi ont vidé les réformes de leur contenu et leur ont fait perdre leur crédibilité. « Ces réformes n'ont pas enthousiasmé l'opinion publique, à cause des restrictions des libertés politiques, médiatiques, syndicales et sociales », indique‑t‑il.
C'est pour toutes ces raisons d'ailleurs que le MSP, selon M. Soltani, a opté, lors de l'adoption des projets de lois, pour trois étapes. Il s'agissait, entre autres, de protester « officiellement » contre la superficialité de ces réformes, voter contre les projets proposés et enfin appeler le Président à organiser un référendum autour de ces réformes. Le chef de l’État, continue le premier responsable du MSP, a d'ailleurs apporté une réponse relativement positive lors de son discours à l'ouverture de l'année judiciaire, le 21 décembre dernier.
Des ambitions démesurées
En opérant ce revirement, le MSP, qui siège au gouvernement depuis 1996, veut se replacer sur la scène politique en prévision des prochaines législatives. Les victoires réalisées par les partis islamistes en Tunisie, au Maroc et récemment en Égypte ont sans doute pesé dans cette décision. « Se situer avec les grands lors des élections de 2012 et faire le pari de gagner la confiance du peuple » sont, soutient M. Soltani, des objectifs fixés par le parti à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance en Algérie.
L'organisation d'une élection transparente en fait également partie. Bouguerra Soltani appelle, en ce sens, la population, au nom de son mouvement, à intégrer moralement le front national contre la fraude. Il lance un autre appel à l'adresse de la justice algérienne pour appliquer littéralement la définition de la surveillance judiciaire des élections. Il assure que la souveraineté du peuple est devenue aujourd'hui une réalité incontournable et laisse entendre que le détournement de la volonté populaire pourrait avoir de graves conséquences.
Le retrait ou le maintien du parti au sein de la coalition annoncé demain
Le MSP se prononcera officiellement, samedi 31 décembre, sur son retrait ou son maintien au sein de l’Alliance présidentielle. L’annonce aura lieu lors d'une conférence sanctionnant les travaux de la session ordinaire du Conseil consultatif du parti. Le MSP a quatre portefeuilles ministériels :ceux des Travaux publics, du Commerce, de la Pêche et du Tourisme.
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