1-Introduction
En comparaison avec les autres domaines de l'activité,
le secteur de l'environnement et celui du tourisme partagent le
caractère de la transversalité : en effet, ils ont
chacun, pour des raisons différentes, le souci de la préservation
du cadre naturel et du patrimoine sous toutes ses formes.
Si le secteur de l'environnement a pour missions de protéger
et sauvegarder les patrimoines, naturel, culturel (matériel
et immatériel) et de veiller aussi au respect des cycles
périodiques de la nature, le tourisme, lui, offre aux amateurs
de dépaysement, des sites et des paysages préservés,
car ils sont aussi à la base de l'attractivité de
régions ou de pays et donc des possibilités de développement
de l'activité touristique.
Néanmoins, et c'est ce qui les différencie dans
la forme, le secteur (posé ici comme champ de compétence
ministérielle) de l'environnement doit aussi veiller à
ce que le tourisme, en tant que secteur d'activité n'engendre
pas de perturbation du cadre qu'il donne à visiter, ou
de celui où il implante ses propres structures d'accueil.
Nous retiendrons pourtant qu'ils ont intérêt tous
les deux (ces deux secteurs) à cette préservation
de l'environnement, entendu comme contexte naturel et culturel,
pour permettre la durabilité de l'activité touristique.
Ceci est encore plus vrai pour le Sahara qui, malgré les
dehors de dureté qui caractérisent sa plus grande
partie, est un univers très sensible aux perturbations,
car il est le siège d'équilibres délicats
et fragiles entre les effets de la présence humaine, et
les cycles naturels qui s'y déroulent.
2-Un Sahara ou des Saharas
Sans doute le Sahara dispose-t-il d'une image, devenue un cliché
à force de répétition des mêmes représentations
:si elle met en évidence la beauté de ses paysages
et de ses villes, il n'en demeure pas moins qu'il en résulte
un caractère réducteur qu'il faut effacer dans
les esprits, ceux des candidats au voyage comme ceux des organisateurs
de séjours ou de périples.
Nous aussi, nous devrons, bien que et peut-être
même surtout parce que chacun de nous a tendance à
se persuader qu'il connaît le Sahara ,ou, au moins ses
principaux sites, revisiter nos certitudes parce que notre rôle,
et notre objectif dans ces journées d'étude est
de mieux appréhender les réalités qui font
,feront ou déferont le tourisme au SAHARA.
Vous remarquerez que j'ai utilisé l'expression
" au Sahara " et non pas " Saharien " pour
à marquer qu'il faut commencer sans doute par reconnaître
l'extraordinaire diversité qui peut se cacher sous cette
dénomination.
Même par son caractère anecdotique
,notre expérience concrète , en tant qu'algériens
réfute un des clichés les plus reproduits, celui
des dunes " dorées " selon la langue de bois
classique ;nous savons tous par expérience que si le
vent souffle du sud-est,nos véhicules à Alger
seront un peu beiges, et que ,s'il souffle du sud-ouest, nos
véhicules seront rouges :c'est dire que déjà,
à cette échelle élémentaire de la
perception, nous constatons ces différences dans un élément
réduit par les mots à " dunes ".
C'est là, me semble-t-il, un premier volet
à noter, celui de la diversité naturelle : il
faut souligner l'extraordinaire différence entre les
plateaux du Tassili, les monts du Hoggar où se trouve
(on l'oublie trop facilement), le plus haut sommet d'Algérie,
les différentes hamadas et les ergs.
De plus, le facteur décisif, qui a contribué
depuis des milliers d'années, à donner leur configuration
décisive à certains paysages, l'eau, est à
la fois abondant et invisible et, dans le même temps,
déterminant, car son mode de mobilisation imprimera chaque
fois son cachet sur les pratiques et les organisations sociales
locales et sur les formes d'expression du génie humain.
En effet, dans cette immensité, les palmeraies
constituent des points particuliers et exceptionnels où
se conjuguent plusieurs facteurs :la présence des terres
fertiles (en général en bordure de dépression),une
possibilité de capter des ressources durables en eau,et
l'action des hommes qui ont d'abord choisi ces emplacements
particuliers avant d'y créer ensuite cet univers complexe
, l'oasis .
C'est donc là que se situe le second et
plus remarquable volet, celui de la manière dont les
populations du Sahara ont conjugué ces éléments,
non seulement pour permettre le développement et la perpétuation
de la vie humaine sur ces sites, mais aussi pour produire des
villes étonnantes toutes différentes les unes
des autres et pourtant si semblables.
3- Equilibre social et environnemental dans les
établissements traditionnels
Il faut en effet se grader de sous-estimer les
savoirs, et savoirs faire patiemment accumulés et constitués
face à un environnement hostile et avare de ressources,
et qui se manifestent dans le développement des techniques
permettant d'utiliser au mieux l'eau, que sa disponibilité
soit pérenne ou cyclique, comme dans le cas de la mobilisation
des eaux d'inondation dans le M'zab ou la récupération
des effets des crues dans le Hoggar et le Tassili.
Bien entendu, l'eau est le facteur premier qui
décide de l'emplacement des établissements humains,
durables ou éphémères, non seulement en
fonction de la disponibilité - régulière
ou saisonnière - de l'eau (et de la terre ou des pâturages)
mais aussi en fonction des protections naturelles qu'ils offrent.
Dans les établissements sédentaires,
cette recherche de la protection contre le vent et le soleil
s'est étendu à la conception d'une architecture
et d'un urbanisme où la solution technique s'élevant
au rang de l'art, confère aux habitations et au tissu
urbain une esthétique particulière.
Quelle que soit la variété des
formes ou des architectures formelles - et qui donnent leurs
cachets à des régions - ce sont toujours les mêmes
principes directeurs qui sont mis en uvre : et pourtant,
qui osera dire que Timimoun et El Oued, Taghit et les cinq villes
du M'zab sont semblables, alors même qu'elles résultent
de l'application (adaptée) des mêmes principes
de composition et d'organisation ?
Pour qui ne se convainc pas ,il faut rappeler le texte de Abul'Abbas
(taqsîm el arâdhi) ,qui a procédé
au relevé des règles pratiquées,date du
12ème siècle !
Examinons d'abord ces établissements sédentaires,
leurs systèmes hydrauliques et leur urbanisme, avant
de passer aux établissements éphémères,
mobiles.
" Les Oasis
1-En raison du climat aride du Sahara, ce sont
les réserves souterraines qui constituent principalement
la base de formation des oasis.
La localisation des oasis tient à la conjonction de plusieurs
facteurs :le niveau de la nappe et le mode de prélèvement
de l'eau,la présence de terres alluviales cultivables
,la protection contre les vents et la chaleur.
La combinaison des deux derniers facteurs conduit
le plus souvent au choix du bord de dépressions à
la fois pour s'abriter des rigueurs des plateaux balayés
par le vent, et parce qu'ils dominent les terrasses alluviales
formées par les crues (dans les zones où elles
sont possibles) dont il convient aussi de se protéger
lorsque l'eau n'est pas ramenée gravitairement par des
conduits (foggaras) si et quand elle est située plus
haut que le site choisi pour l'implantation de la ville (ksar)
.
Dans ce dernier cas, et l'exemple le plus remarquable
par son étendue (sa généralisation), le
nombre d'ouvrages (900), la longueur des tunnels (jusqu'à
14 kilomètres pour une foggara située à
Timimoun), est celui qui se trouve au Touat, au Gourara et dans
le Tidikelt.
Dans certaines oasis, c'est la combinaison de
plusieurs solutions qui est adoptée, en fonction même
de la forme de manifestation de la ressource (nappes souterraines
et crues d'oued par exemple) : barrages réservoirs et
barrages de dérivation (piémonts du haut Atlas,
Atlas Saharien,
) combinés aux puits artésiens
(M'zab), submersion (Saoura, Adrar des Iforas) combinée
aux barrages (Goulimine), ou traction animale et puits à
balancier (Fezzan).
Sauf dans les cas (puits à balancier par exemple) où
la propriété de l'eau est individuelle parce que
fruit de l'effort personnel, les ouvrages sont collectifs et
la propriété de l'eau revient à leurs constructeurs
: Il s'agit ensuite de la répartir selon des parts réglés
par la géométrie (celles des " peignes "
dit ksairiates dont la largeur de l'échancrure régule
le débit) soit par des durées d'écoulement
de la seguia commune qui dessert les parcelles.
Il faut ajouter que le mode de répartition, selon les
besoins des personnes au M'zab (nombre de palmiers dont dispose
chacun) ou selon les parts sociales (Touat, Gourara et Tidikelt)
dans la propriété des ouvrages, nous nous trouverons
en présence de sociétés plus ou moins égalitaires
(ou, si l'on préfère, plus ou moins hiérarchisées).
L'épuisement progressif de la terre ou
de l'eau sur le site de la palmeraie, entraîne le déplacement
latéral, le long de la dépression des ouvrages
et des parcelles cultivées, pour faire face à
la baisse du niveau de l'eau et cultiver de nouvelles terrasses
plus fertiles : parfois on recourt au puits, et,cas extrême,
à la pompe .
2 - L'architecture des oasis n'est pas tant remarquable
par le fait qu'elle utilise des matériaux locaux (argile
ou pierre) laissés à l'état brut (Ouarzazate,
Timimoun, Adrar) ou badigeonnés (M'zab, Djerba,
),
ni qu'elle tire tout le profil possible du palmier.
Elle est, ce que fait apparaître un examen
rapide, une leçon d'habitat bioclimatique par plusieurs
aspects : l'adoption de murs épais qui par leur inertie
thermique, stockent la chaleur diurne pour l'évacuer
la nuit, la structuration des espaces pour permettre une circulation
de l'air par convection (courant d'air plus frais le jour, évacuation
de la chaleur accumulée la nuit) par le chebek qui domine
le patio central (wast ad dar).
Même la tradition du sommeil sur la terrasse
correspond à une réalité scientifique :
les murets qui bordent les terrasses, forment avec elle une
quasi parabole, ce qui oriente le rayonnement vers le ciel et
y conduit de ce seul fait, à un abaissement de plusieurs
degrés par rapport à la température ambiante
et celle de l'habitation.
La largeur des rues et des ruelles, établie
selon une hiérarchie stricte , est destinée à
permettre le croisement d'animaux chargés (rue) ou non
(passage privé = ruelle, impasse), la place centrale,
les placettes, les accès, sont réglés à
l'échelle humaine ; même les trajectoires brisées
des passages et des rues, ménageant des passages couverts
jouent un rôle dans la création d'ombres, d'obstacle
au passage du vent, de création de zones fraîches,
donnant ainsi au Ksar,comme totalité , les mêmes
caractéristiques bioclimatiques que les habitations qui
le composent.
En définitive, et sans vouloir l'opposer
à une architecture moderne qui s'est donné à
elle-même ses propres normes, elle est dimensionnée
à l'échelle des hommes et de leur communauté,
et réglée en fonction de hiérarchies continues
des espaces qui vont du plus intime au plus public.
3. La palmeraie, dans sa conception et son fonctionnement contribue
fondamentalement à cet écosystème oasien
délicat.
Les travaux menés sur l'effet des étagements
successifs depuis le niveau de l'eau, les terrasses cultivées
jusqu'au faîte des palmiers en passant par celui du niveau
des arbres fruitiers, confirme à la fois l'existence
d'un micro climat local plus frais, et l'existence d'échanges
par convection qui maintiennent des niveaux de température
et d'humidité plus stables sous la voûte des palmiers.
Du point de vue biologique, le cycle des échanges
entre hommes - plantes -animaux- terre maintient la présence
de déchets organiques qui alimente à son tour
la terre en composants utiles à sa fertilité.
" La vie nomade"
Si les lieux marqués par la présence régulière
de l'eau ont permis le développement de savoirs faire
et de techniques dont la science moderne vient confirmer le
bien fondé, ceux qui n'ont la qualité de territoires
que parce qu'ils sont balisés par une présence
humaine, ont nécessité le recours à d'autres
ressorts de la connaissance.
Nous sommes en effet dans la situation où
la ressource est fluctuante, que ce soit l'eau (sous forme de
pluie ou de crue) ou ce qu'elle engendre et entretient comme
couvert végétal pour les hommes ou les animaux,dans
des lieux déterminés.
Certes, les pasteurs (et les guerriers) recourent
toujours, sous une forme ou sous une autre, aux ressources des
oasis qu'ils détiennent, qu'ils contrôlent (dans
le cadre du système tributaire caractéristique
de nombre de sociétés sahariennes et sahéliennes)
ou avec lesquelles ils entretiennent des relations d'échange.
Mais l'essentiel de leur vie - de leur survie
comme l'ont montré les périodes de sécheresse
- tient au renouvellement annuel de la ressource hydrique par
les pluies et les crues qui en résultent et qui alimentent
les nappes, et donc les puits.
Aussi, le territoire de vie - au sens de ce qui
permet la vie - recouvre la dimension géographique des
zones qu'alimentent des oueds, selon des dates et des cycles
autonomes.
La vie dans ces immenses espaces suppose une
double sinon une triple connaissance celles des lieux qui, à
un moment déterminé de l'année contiennent
eau et pâturage, celles des espaces végétales
susceptibles d'être disponibles en lieu et temps, celle
des cycles et des événements météorologiques
(et qui échappent parfois à l'observation directe)
qui déterminent les parcours annuels (au double sens
d'itinéraire et de calendrier).
La nécessité, pour assurer la reproduction
du bétail, de combiner des alimentations diversifiées
et disponibles (pâturage salés, pâturages
doux, graminées,
) oblige en effet à parcourir
des espaces selon des calendriers et de tracer des stratégies
de déplacement et de contrôle des territoires (réservation
/ appropriation de la ressource/des ressources).
Plus que cela , selon que le bétail soit rustique (chèvres,
bovins) ou précieux (chameaux et surtout chamelles),
le territoire contrôlé est subdivisé selon
ses capacités de nourrir les uns et les autres, donnant
lieu ainsi à des parcours réduits (caprins contrôlés
par les femmes ou fonctionnant en troupeaux autonomes) et parcours
longs réservés aux chameaux (aptes à parcourir
des distances importantes vers les pâturages les plus
sûrs et les plus précieux dans les zones de dépression
les plus basses).
Par ces quelques remarques, nous voulons mettre
l'accent plus sur le capital de connaissances,sur les territoires
géographiques, certes mais surtout sur la nature, ses
mécanismes de fonctionnement, ses composants, ses règles,en
un mot, sur l'environnement.
La tentation est grande de considérer
que le métier à réserver aux nomades est
celui de guide en raison de leur connaissance de la géographie,
et d'oublier de ce fait leur capital de connaissance de la faune,
de la flore, et des modes de fonctionnement du désert.
4-Les menaces sur les écosystèmes
sahariens
Les plus graves atteintes à cet univers saharien, qui
se présente comme un univers dur et dangereux - il est
mortel pour les imprudents, même prévenus- sont
d'origine anthropique :les atteintes les plus importantes sont
sans doute celles de l'excès ,dans le prélèvement
de ressources, de l'occupation des sols,des rejets de différentes
natures.
On peut y ajouter, simultanément, l'absence
de respect des règles qui président au fonctionnement
de la nature, mais aussi celles qui ont servi, durant des centaines
d'années, à sauvegarder une région et des
uvres humaines remarquables, avec le risque d'aboutir,
outre la perte d'une partie de son caractère (au moins
dans les villes), à une désertification réelle
et définitive du Sahara.
Une énumération partielle des questions
porterait sur :
1-L'excès de prélèvement
comme dans le cas de l'eau : considérée dans la
pratique des utilisateurs comme quasi inépuisables ,
cette eau, pompée sans limite ,laisse apparaître
clairement les conséquences graves de la remontée
de la nappe,comme à El Oued et Ouargla,et aussi Aoulef.
2-L'excès dans l'utilisation sans précaution
des sols, qui sont lessivés par les méthodes intensives
et deviennent impropres la culture
3-L'excès dans les concentrations non
réfléchies de population : elles contribuent aussi
à cette fameuse surconsommation de l'eau mais aussi à
l'étalement inconsidéré des espaces bâtis
: l'étalement sur les plateaux non protégés,
des constructions avec le recours au parpaing, l'extension correspondante
de réseaux d'assainissement qui se superposent aux réseaux
d'eau traditionnels et contaminent l'eau, sont toute une série
facteurs aggravants.
4-Ils sont aggravants car ils retirent à
la ville tout son caractère et son charme spécifique,
augmentent de manière grave (et étendue) les différentes
formes de la pollution, détériorent la qualité
de vie des habitants.
Cela signifie que les règles d'urbanisme, vieilles (et
écrites) depuis près de mille ans ne sont plus
respectées et la compréhension du Sahara inexistante,
ce qui conduit à un choix inconsidéré des
architectures (copies de celles du Nord, qui a un climat méditerranéen),
avec les effets négatifs que l'on sait.
5-les espaces réputés désertiques,
surtout ceux qui exercent un attrait sur les touristes en raison
des vestiges préhistoriques, ou de miraculeuses gueltas
qui abritent parfois des poissons et évoquent la présence
pas très lointaine de crocodiles du Nil (après
tout les guépards sont toujours là !), n'échappent
pas au piétinement et au pillage, tandis que les espaces
humides n'échappent pas à la pollution.
Pire, la durée de vie des sachets en plastique et des
métaux est encore plus lente au Sahara et les pollutions
encore plus visibles dans la nudité et le dépouillement
de ses espaces.
5-Des solutions simples et claires
Les solutions pour pouvoir développer
un tourisme durable se nourrissent du respect pour les ressources
rares et précieuses, pour les équilibres millénaires
y compris, et peut-être surtout pour ceux qui ont été
patiemment édifiés par les hommes : ce n'est pas
être moderne et novateur de vouloir ou tenter de les remplacer
par du nouveau, car la modernité repose sur la connaissance
et la compréhension, pas sur un faux dépassement
par le renouvellement.
Le tourisme au Sahara ne saurait être ,
comme cela a déjà été établi
,qu'un tourisme relativement élitiste ou, si l'on préfère
, qui ne doit pas , en raison de ses dangers directs, être
un tourisme de masse :il faut aussi bien éviter le déferlement
et le piétinement que respecter le rythme et les modes
de vie des habitants ;c'est donc un touriste formé ou,
au moins , informé , qui doit être le visiteur-type.
1-Il convient d'abord de mettre fin aux excès
de toutes natures qui détruisent implacablement ce gisement
de vie : réduire et contrôler les prélèvements
d'eau et en gérer les conséquences par un recyclage
et une récupération de l'eau usée pour
replanter encore et encore des palmeraies et des barrières
vertes autour des villes te des ksours.
2-Il faut aussi sauvegarder sa faune et sa flore
et lutter décisivement contre le prélèvement
de " Souvenirs " qui détruisent de manière
invisible, non mesurable, mais inéluctablement, la biodiversité
ainsi que le traces culturelles du passé proche et lointain.
3-Contrairement aux présupposés
de ceux qui voudraient faire croire que la " reproduction
" ou la sauvegarde du patrimoine bâti traditionnel
relève du pur romantisme, nous pouvons opposer , en plus
des aspects esthétiques et fonctionnels évidents,
le fait que des études en thermique du bâtiment
menées en Algérie et à l'étranger,
dans les années quatre vingt, montrent la valeur des
constructions traditionnelles (en terre, en plâtre "
timchent " ou en pierre) aussi bien en termes de confort
(climatisation naturelle),que de coûts de production.
4-Faire reposer les prescriptions spécifiques
pour la conception et l'élaboration des instruments d'urbanisme
et les exigences architecturales à destination des ksours
et villes du Sahara, sur la base des acquis de la science et
des savoirs anciens :
- essaimage des extensions sous forme d'établissements
le long des dépressions et non vers l'amont des espaces
urbains existants
- tenir compte que, de toutes façons, l'écoulement
des eaux usées repose sur la gravitation :il convient
donc de les recueillir et traiter pour les recycler ,pour économiser
la ressource et pour éliminer le danger des remontées
des eaux salines
- interdire formellement les constructions en hauteur (la hauteur
de palmiers est un référence claire) et produire
des règles de constructions et d'utilisation des matériaux
qui respectent les formes, les couleurs, et les conditions climatiques
locales (exposition, ouvertures, circulation de l'air, etc.)
5-La tentation, pour les promoteurs de circuits
comme des établissement hôteliers, d'occuper ce
qu'ils considèrent comme les meilleurs emplacements,
est de nature à porter atteinte, comme cela se vérifie
dans les pays voisins, aux sites eux-mêmes, si on ne prend
pas de précautions en matière de localisation,
de taille, de volume des ouvrages et infrastructures, et d'intégration
paysagère.
Le secteur du tourisme doit donc contribuer à
l'élaboration d'un cahier de charges, en collaboration
avec les secteurs de l'environnement et de la culture, sinon
même des secteurs techniques comme l'hydraulique et l'agriculture,
et les résidents.
6- D'une manière générale,
il faut élaborer un code de bonne conduite, une Charte
sur laquelle s'engagent opérateurs, gestionnaires publics
ou privés, et les visiteurs, pour la protection et la
sauvegarde de toutes les petites et grandes choses qui font
le Sahara et lui donnent sa diversité et sa magie, pour
qu'il reste un réservoir de ressources pour ses habitants
ainsi que pour ceux qu'il a séduits.
C'est un défi intéressant
pour les deux secteurs de l'environnement et le tourisme.