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Les travaux du 12ème sommet
des Chefs d'Etat et de Gouvernement des pays ayant le français
en partage, ont repris hier dans la matinée (heure
locale) à Québec en présence du Président
de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, en qualité
d'invité spécial du sommet. Les travaux seront
consacrés essentiellement aux questions de la paix
et la sécurité, la démocratie, les droits
de l'homme, les changements climatiques et l'environnement.

Photo APS
La crise financière mondiale,
qui polarise actuellement l'attention de la communauté
internationale, sera également examinée lors
de ce sommet.
La séance d'ouverture, qui s'est déroulée
vendredi en fin d'après-midi, a été marquée
par les interventions de plusieurs Chefs d'Etat qui ont mis
l'accent sur le rôle de l'Organisation internationale
de la francophonie (OIF) dans la résolution des différents
problèmes qui préoccupent la communauté
internationale.
Le Président de la République, M. Abdelaziz
Bouteflika, a prononcé, hier, à Québec
une allocution à l'occasion du 12e sommet des chefs
d'Etat et de gouvernement des pays ayant la langue française
en partage. En voici le
texte intégral :
" Monsieur le Premier ministre
du Canada,
Monsieur le Premier ministre de Québec,
Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais, tout d'abord, exprimer mes sincères remerciements
à Monsieur le Premier ministre du Canada et à
Monsieur le Premier ministre du Québec qui ont bien
voulu m'inviter à participer au 12e sommet des chefs
d'Etat et de gouvernement ayant le français en partage.
C'est la troisième fois que j'ai l'honneur et le plaisir
de participer à un tel sommet. Après Beyrouth,
capitale arabe, et Ouagadougou, capitale africaine, ma présence
aujourd'hui parmi vous, souligne l'appréciation de
l'Algérie quant aux idéaux, aux objectifs et
à l'action de l'OIF. Notre participation à ce
sommet représente aussi un témoignage envers
le peuple canadien auquel nous attachent autant de liens d'amitié
et d'estime. Elle répond, enfin, à l'appel amical
lancé par le président Sarkozy le 20 mars 2008
à l'occasion de la Journée internationale de
la francophonie.
Les enjeux de ce sommet apparaissent clairement à travers
le choix judicieux des thèmes qui nous sont soumis
et qui pourraient donner lieu à un échange fructueux
qu'il s'agisse de la démocratie et l'Etat de droit,
de la gouvernance économique, de l'environnement ou
de la langue française.
En tant que pays en développement appartenant à
l'ensemble africain et arabe, permettez-moi, dans cette intervention,
de centrer mes propos sur les problèmes et les défis
auxquels font face ces différents ensembles et les
menaces qui pèsent sur notre monde, non seulement en
termes de paix et de sécurité, mais aussi en
termes de dysfonctionnement de l'économie mondiale
et de défis écologiques.
Je me permettrai aussi d'aborder la question essentielle du
dialogue, voire de l'alliance des cultures et des civilisations
et la capacité de l'OIF de jouer un rôle de premier
plan en ce domaine, en raison de la diversité culturelle
de ses membres, mais aussi de l'utilisation de l'outil de
la langue française en tant que moyen de communication
et de rapprochement.
Monsieur le Premier ministre du Canada,
Monsieur le Premier ministre de Québec,
Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Les sommets, tels que celui-ci, qui rassemblent des pays de
cultures et de civilisations diverses avec des niveaux de
développement différents, permettent un débat
et une discussion franche sur les préoccupations communes
qui agitent le monde.
La démocratie et l'Etat de droit, deux concepts intimement
liés, sont deux préoccupations majeures pour
l'Algérie qui, depuis l'indépendance, a accompli
de grandes réalisations dans l'édification d'un
Etat moderne et d'une société ouverte sur le
monde.
Ces avancées considérables nous amènent
naturellement à renforcer l'Etat de droit en rationalisant
son fonctionnement, tout en favorisant l'émergence
d'une société civile pour consolider l'expérience
démocratique dans notre pays.
La démocratie, les droits de l'homme et l'exercice
des libertés fondamentales sont aujourd'hui des acquis
auxquels le peuple algérien est très attaché.
L'Algérie, faut-il le rappeler, a été
parmi les premiers pays africains à se soumettre au
mécanisme de l'évaluation par les pairs, mis
en place dans le cadre de l'Union africaine.
La gouvernance économique constitue, quant à
elle, un thème crucial, en particulier pour les pays
en développement, dans la mesure où elle conditionne
l'amélioration des fondamentaux de leurs économies
et, partant, des indices de développement humain.
L'Algérie a entrepris, depuis des années, un
processus colossal de réformes à même
de permettre le passage à une économie de marché
et s'intégrer dans l'économie mondiale. Pour
cela, elle a pris pour option l'ouverture aux investissements
directs étrangers, conjuguée à un travail
inlassable, en vue d'améliorer, de jour en jour, le
climat des affaires. Mon pays a aussi entamé un programme
ambitieux de développement des grandes infrastructures
économiques et sociales auquel ont été
associés, outre les entreprises algériennes,
un certain nombre de groupes internationaux, dont ceux notamment
du Canada.
Nous apprécions la langue française en tant
qu'outil et moyen de communication et d'échanges. C'est
pour cela que mon pays, toujours attaché à son
identité nationale arabe et amazigh, a entrepris des
efforts importants notamment en termes de formation de formateurs
pour l'enseignement du français dans son système
éducatif et permettre à ses jeunes une plus
grande ouverture sur le monde.
Monsieur le Premier ministre du Canada,
Monsieur le Premier ministre de Québec,
Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Notre rencontre se tient dans une conjoncture lourde de menaces
tant en ce qui concerne la paix et la sécurité
internationales qu'en ce qui concerne les relations économiques
internationales. La crise financière qui secoue le
monde est plus sérieuse et des plus préoccupantes
et elle appelle des décisions urgentes, voire une refonte
du système économique et financier mondial qui
a montré ses limites.
Avec le recul, on rejoint l'ensemble des pays en développement
lorsque, il y a quelques années déjà,
ils appelaient à l'instauration d'un nouvel ordre économique
international bâti sur la justice, le partage et l'équité.
La crise actuelle, qui ébranle les pays industrialisés,
touche également les pays en développement qui
voient leurs problèmes économiques structurels
accentués avec de nouvelles menaces et de difficultés
cruciales pour leur avenir.
Le renchérissement des prix et des denrées alimentaires
et les prémices de retour aux ères de famine
des années 70 dans certains pays, constituent une préoccupation
majeure. Il est urgent de définir et mettre en uvre
une stratégie mondiale concertée dans le cadre
d'une coopération rénovée et renforcée
entre les pays en développement pour faire face aux
causes de cette situation dramatique que sont la spéculation
et la logique débridée des marchés, le
recours massif aux subventions et le développement
inconsidéré des agrocarburants.
La question de la sécurité alimentaire et les
défis induits par la problématique du changement
climatique, représentent également des questions
vitales pour l'ensemble des pays de la planète, mais
surtout pour ceux les moins développés, notamment
dans le continent africain.
Une prise de conscience internationale commence à être
perçue en matière d'environnement et d'appréciation
des défis du changement climatique. Les enjeux du développement
durable nous interpellent tous pour changer nos comportements
en matière de production et de consommation. Il demeure,
toutefois, que l'objectif de la croissance écologique
doit découler d'un processus historique propre à
chaque pays. Les pays développés doivent reconnaître
leur responsabilité historique dans la dégradation
des conditions environnementales et contribuent fortement,
en conséquence, à la sauvegarde de l'environnement
tant dans leurs pays respectifs que dans les pays en développement
de manière bilatérale ou multilatérale.
L'Algérie a fait le choix du développement durable
basé sur une plus grande efficacité énergétique,
mais aussi le développement des énergies renouvelables
et la prise en compte de la dimension environnementale dans
toutes les politiques publiques. Ainsi, en plus de la ratification
des principaux instruments internationaux en la matière,
l'Algérie a procédé à la promulgation
de plusieurs législations relatives au développement
durable, la protection de l'environnement, la préservation
des zones côtières et montagneuses, la maîtrise
de l'énergie, la gestion des déchets.
Sur ces deux volets vitaux, il serait opportun que ce sommet
puisse ajouter sa voix à l'appel pour l'intégration
des problématiques de changement climatique et sécurité
alimentaire dans l'agenda sur le climat et une forte mobilisation
de la communauté internationale en faveur du renouveau
et la relance du secteur agricole dans le monde et particulièrement
dans les pays en développement.
J'ajouterai, pour mémoire, qu'à la crise financière,
au spectre de la crise alimentaire et aux défis écologiques,
s'ajoute l'instabilité des prix des matières
premières, principale source de revenus des pays en
développement.
Face aux menaces de récession généralisée,
la communauté internationale se doit, impérativement
et sur la base d'une analyse partagée, de formuler
une politique de relance durable de l'économie mondiale,
car il y va de la stabilité et de la paix dans le monde.
Ce constat alarmant de la situation économique qui
préfigure un ralentissement de la croissance mondiale,
n'est que le résultat du déséquilibre
et du manque de prévisibilité au niveau mondial,
lié en grande partie à l'absence de régulations
et le relâchement constaté des efforts d'assainissement
de l'environnement économique laissé aux seules
lois des marchés.
La nécessité d'une nouvelle approche de la gouvernance
économique au niveau mondial se fait sentir et prend
une allure d'urgence absolue. Cette gouvernance doit nécessairement
être partagée dans le cadre des Nations unies.
C'est la condition sine qua non de l'adhésion de tous
les membres de la communauté internationale et le dépassement
du système inique mis en place au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale pour servir les intérêts d'un
nombre restreint de pays.
Les pays en développement doivent être pleinement
associés à cette démarche nouvelle qui
se trouve dans la nécessaire réforme globale
du système des Nations unies, tant dans son contenu
politique qu'économique. Les pays non-alignés
et l'Union africaine ont présenté, à
ce sujet, des propositions constructives.
Cette réforme devrait être relancée et
menée à terme, afin d'assurer, pour les années
à venir, la paix et la stabilité tant recherchées.
Dans cet ordre d'idées, il est à souligner que
la préservation de la paix et de la stabilité
a été le souci majeur et constant de l'organisation
continentale africaine qui a, il faut le dire, marqué
des points positifs sur le plan de la prévention et
la gestion des conflits, en matière de développement,
ainsi que dans le domaine de la consolidation de la démocratie
et de l'Etat de droit.
Néanmoins, tout n'est pas encore réglé.
En effet, certains conflits perdurent et menacent bien des
pays. L'Union africaine a besoin d'aide et de soutien pour
mettre en place des capacités propres en matière
de maintien de la paix, mais aussi dans le cadre des efforts
de réhabilitation et de reconstruction à la
suite d'un conflit. Un engagement plus significatif du monde
développé dans la concrétisation des
décisions prises au sommet du G8 à Gleneagles,
en termes d'aide publique au développement et l'allégement
de la dette, serait un premier pas vers l'éradication
de la pauvreté et de ses corollaires que sont les fléaux
du terrorisme et de l'immigration clandestine. L'Algérie
ne peut qu'adhérer à l'appel lancé, il
y a quelques jours, par le secrétaire général
des Nations unies, M. Ban Ki-moon, pour un respect des engagements
pris par les pays industrialisés qui permettrait de
respecter le calendrier prévu de 2015.
Par ailleurs, l'initiative française de l'Union pour
la Méditerranée à laquelle mon pays s'est
associé, constitue un facteur d'espoir pour atteindre
notre idéal commun d'instauration en Méditerranée
d'une aire de paix, de stabilité et de progrès
partagé. Bien qu'elle privilégie la réalisation
de projets concrets, l'Union pour la Méditerranée
ne peut faire abstraction des préoccupations d'ordre
politique. Sa contribution au règlement du conflit
israélo-palestinien notamment, devrait figurer sur
son agenda.
Les pays de l'OIF dont beaucoup appartiennent à la
région méditerranéenne, peuvent apporter
leur contribution au règlement des conflits dans la
région qui, s'ils ne sont pas résolus, sont
susceptibles de mettre en danger la paix et la stabilité
dans cette région sensible.
Monsieur le Premier ministre du Canada,
Monsieur le Premier ministre de Québec,
Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Le terrorisme frappe toujours dans plusieurs régions
du monde. Ce fléau sévit dans la quotidienneté
et nul ne peut s'en considérer aujourd'hui épargné
tant qu'une action collective résolue et soutenue,
reposant sur un instrument juridique international global,
ne sera pas entreprise par la communauté internationale.
L'Algérie ne cesse d'appeler, depuis plus d'une décennie,
à la conclusion d'une convention globale contre le
terrorisme international comprenant une définition,
sans équivoque, de ce fléau dissociant clairement
la lutte légitime contre l'occupation étrangère
des actes perpétrés par des individus et des
groupes terroristes, et évitant tout amalgame préjudiciable
au dialogue des cultures et des civilisations.
De par leur appartenance civilisationnelle et leur diversité
culturelle, les pays de l'OIF ont la capacité d'uvrer
utilement pour l'accomplissement et l'approfondissement d'un
véritable dialogue culturel indispensable pour préserver
la paix, favoriser le développement et le bien-être
dans le monde et démentir les promoteurs de la théorie
infondée du ''choc des civilisations'' dont les conséquences
ne peuvent être que désastreuses et dramatiques.
Le dialogue culturel associé à une approche
concertée entre pays développés et pays
en développement pour limiter la fracture économique
et sociale sont les meilleurs remparts contre les relents
de xénophobie et d'intolérance et aussi les
meilleurs catalyseurs pour l'instauration de la paix et de
la sécurité internationales. Ainsi et au-delà
de l'usage de la langue française qui constitue un
outil essentiel de communication et d'échange, il est
certain que notre action en faveur du dialogue des cultures
devrait dépasser les débats et les discussions
officielles au sein d'institutions spécialisées
pour prendre en charge l'élément humain et sa
formation. Cet axe constitue une orientation des plus impératives
pour permettre, outre la compréhension entre les différentes
cultures, de former les ressources humaines tant nécessaires
à tout effort de développement. La coopération
culturelle, scientifique et technique, ainsi que le transfert
de technologies et de savoir-faire, constituent également
un terrain où notre travail pourrait être fructueux.
L'OIF, qui a accumulé une expérience avérée
dans le domaine de l'éducation, constitue indubitablement
un outil essentiel de renforcement de la coopération
dans ce domaine stratégique allant de la lutte contre
l'analphabétisme à la formation et l'approfondissement
des échanges scolaires et universitaires.
L'on ne pourrait qu'encourager une coopération OIF-Union
africaine sur cet aspect stratégique, sachant l'engagement
et la mise en uvre par cette dernière de la deuxième
décennie pour l'éducation en Afrique.
L'OIF qui a marqué des points appréciables en
matière de coopération culturelle et éducative,
a les potentialités pour approfondir son rôle
sur le plan politique et prendre sa part dans les débats
internationaux. L'action en ce sens du président Abdou
Diouf, secrétaire général, et son expérience
ont été et seront, j'en suis convaincu, des
atouts permettant d'atteindre cet objectif.
L'Algérie ne ménagera aucun effort pour être
en phase avec les objectifs, les actions et les débats
de l'Organisation. Indépendamment du statut qui lui
est reconnu pour participer aux travaux, la présence
de l'Algérie à ces sommets est un témoignage
de l'intérêt qu'elle porte à l'OIF avec
laquelle elle souhaite engager une coopération substantielle
en matière culturelle, éducative et environnementale.
Permettez-moi, encore une fois, d'exprimer, en ce 400e anniversaire
du Québec, tous mes vux de prospérité
et de progrès à l'ensemble du peuple canadien.
Je voudrais aussi remercier nos hôtes, le gouvernement
canadien et le gouvernement du Québec, pour la bonne
organisation de nos travaux et pour leur accueil chaleureux
qui ont été pour beaucoup dans le succès
de ce 12e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des pays
ayant le français en partage.
Je voudrais, avant de finir, adresser mes salutations les
plus respectueuses à Madame la gouverneure générale
du Canada, la très honorable Michelle Jean, qui a laissé
en Algérie un souvenir inoubliable lors de la visite
officielle dont elle nous a honorés en novembre 2006.
Je dois souligner que cette visite a contribué à
renforcer les liens entre nos deux pays et je voudrais ici
en rendre hommage, et un hommage bien mérité
à Madame la gouverneure générale.
Ce sommet fera certainement date, compte tenu des thèmes
débattus et des décisions prises. Il marque
le commencement d'une nouvelle étape pour l'Organisation
internationale de la francophonie en tant qu'acteur influent
sur la scène internationale.
Source El Moudjahid du
19-10-2008
Page Web publié le 20-10-2008
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